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 LA BRONZERIE MAROCAINE

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Inali
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Nombre de messages: 692
Localisation: Rabat / Maroc
Date d'inscription: 29/04/2005

MessageSujet: LA BRONZERIE MAROCAINE   Jeu 8 Sep à 23:31

LA BRONZERIE MAROCAINE


L'art du bronze a produit au Maroc, dans la 1ère moitié du XII° siècle, des ouvrages remarquables, qui à défaut d’équivalents ummayades andalous, révèlent la naissance de la bronzerie hispano-mauresque.

Les célèbres portes almoravides doublées de bronze de la Grande Mosquée al-Qaraouiyin -Bâb Sbitriyn, Bâb Ganaîz et Bâb al-Ward- sont considérées comme les œuvres monumentales de bronzerie médiévale les plus anciennes de l’Occident musulman. Elles ont été réalisées lors de l’agrandissement almoravide du sanctuaire, entre 528 (Hégire) / 1134 (J.-C.) et 538 (Hégire) / 1144 (J.-C.). Le musée du Batha à Fès s’enorgueillit de quelques spécimens déposés successivement en 1954, et en 1958. (Cambazard-Amahan, 1989, 73-95)

La structure de ces ouvrages révèle, sur la face interne un bâti fait d’un cadre de madriers et de traverses en saillie, clouté que consolident des pentures à cinq branches en fer forgé aux terminaisons florales. La face externe est revêtue de plaques de bronze moulées et ciselées, aux joints couverts d’une baguette moulurée en grain d’orge. Elle se subdivise en registres ornementaux transversaux correspondant au bâti : le décor est ainsi déterminé par la structure. Chaque registre, délimité par des clous à tête godronnée, met en œuvre une ornementation spécifique.

A ces portes prévaut un parti décoratif imposé par le travail du bronze : la recherche de l’effet par contraste entre les plaques lisses, ponctués de clous en rosaces, et celles décorées, comme à Bâb Sbitriyn. La flore compose l’essentiel du décor des vantaux. Elle intervient en remplissage des jeux de fond, s’adaptant à la géométrie des plaques qui en a imposé le tracé; l’ornement reste subordonné au schéma général.

A ces vantaux, les bronziers ont utilisé une flore particulière, adaptée aux nécessités et aux effets des techniques ornementales du bronze: le moulage et la ciselure. Cette flore, entièrement lisse, distincte de celle sculptée à la même époque sur d'autres matériaux (bois, plâtre…) (Amahan, 1989, 37-95), révèle une école différente.

Les plaques de bronze livrent, plus rarement un décor épigraphique. Des formules votives de félicité durable en caractères coufiques anguleux, parfois tressé, s'y inscrivent, accompagnées de rinceaux appartenant au même plan. Cette écriture sobre, élancée, équilibrée et d’une grande clarté de mouvement, caractérise la graphie almoravide.

Les heurtoirs de bronze révèlent également une haute technicité. Il en est de fort simples, ceux des portes cloutées, composés d’un anneau lisse, torsadé ou gravé, suspendu à un collier à grainetis et posé sur un support en demi sphère ajourée. Celui de Bâb Sbitriyn, disque bordé d'un tore torsadé, évidé d’un cercle à huit lobes, présente une inscription dédicatoire en caractères cursifs, la, plus ancienne de ce type qui soit rencontrée à Fès.(Cambazard-Amahan, 1989, 75-77)

Il faudra attendre une longue période de presque deux siècles pour voir réapparaître, à l’aire Mérinide, ces portes doublées de bronze bien que l'âge almohade, antérieur, nous ait légué du mobilier en bronze. Sous Ies Mérinides, la technique appliquée au métal évolua, traduisant une esthétique nouvelle. Les portes des madrasas de Fès, revêtues de bronze non plus moulé mais ciselé, développèrent un entrelac issu d’un carré étoilé, parfois voisin de celui des chaires. Une même comparaison est suggérée par le réseau couvrant le champ des vantaux de la madrasa Attarin (723-735(Hégire) / 1323-1325 (J.-C) et le tracé polygonal des minbar de la madrasa Bu Inaniya (751-756(Hégire) / 1350-1355 (J.-C)

La conception du décor, basé sur le schéma d’entrelacs, en vigueur dès l’époque almoravide sur d'autres matériaux que le bronze, et dont les dinandiers Mérinides, à l’instar des autres ornemanistes du décor architectural (menuisiers, stucateurs, zellijeurs…) tirèrent parti, connut une destinée ultérieure : elle triomphe aux portes doublées de bronze de la madrasa Cherratine à Fès (commencée le premier du mois de chaâbam 1081(Hégire) / 17 décembre 1670 (J.-C) et des palais royaux alaouites édifiés à travers le Royaume (Paccard,1979, 2, 464-476).

Aux XIX° - XX° siècle, cet usage de revêtir de métal (fer, laiton...) les portes d’extérieur s’appliqua ainsi aux palais et grandes demeures des princes et des pachas, comme il en existe à Fès (Revault, Govin et Amahan, 1992), sans doute par souci de sécurité accru.

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